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Après la formation : pourquoi les programmes de transformation perdent leur élan

Les nouveaux projets se multiplient aujourd’hui dans les entreprises. Déploiement de l’IA, nouveau modèle commercial, ou encore une nouvelle technologie ajoutée à votre stack. Tous ont leur budget, leurs ambitions et leur lot d’attentes. Mais quel que soit le sujet, le message est clair : l’échec n’est pas envisageable. Vous mobilisez donc toute votre énergie.

Mais bien souvent, le même scénario se répète. Les premiers signaux sont encourageants, le déploiement et la formation se passent sans problème, et tous les indicateurs (comme la complétion ou l’adoption) sont au vert. Tout porte à croire que c’est une réussite.

Mais est-ce vraiment le cas ?

Une fois passée la phase d’accompagnement intensif et de conduite du changement, le bateau commence parfois à tanguer. Les nouvelles habitudes ne prennent pas, l’utilisation est en chute libre et les gains de productivité censés justifier l’investissement ne sont pas au rendez-vous.

Et personne ne sait pourquoi.

Seuls 32 % des dirigeants estiment que leurs collaborateurs ont réellement adopté le changement, et moins de la moitié des effectifs déclarent avoir atteint les objectifs fixés par leur entreprise.

Alors, comment réussir un programme de transformation ? Si vos données montrent que vous perdez de l’élan, inutile de multiplier les actions de communication, les contenus ou les programmes. Ils font peut-être partie du problème. Essayez plutôt de répondre à cette question : pourquoi ?

Comprendre les facteurs de réussite et d’échec pour mieux reproduire ce qui fonctionne

Comprendre pourquoi un programme ne marche pas est important, mais comprendre pourquoi il marche l’est tout autant.

Dans la plupart des entreprises, on ne cherche le « pourquoi » qu’en cas d’échec. Quand tout va bien, on se serre la main et on passe au projet suivant. Mais sans savoir ce qui a réellement permis cette réussite, il devient presque impossible de la reproduire volontairement. Elle devient davantage le fruit d’un heureux hasard qu’une succession d’actions précises.

Comprendre « pourquoi » n’est ni un détail, ni optionnel. C’est ce qui fait la différence entre les entreprises qui savent où mobiliser leurs ressources et celles qui tâtonnent pour avancer. Et à l’heure actuelle, elles sont nombreuses à tâtonner.

Une étude de la Harvard Business Review donne une idée de l’ampleur du problème : 85 % des dirigeants jugent leur entreprise peu efficace pour diagnostic les problèmes, et 87 % estiment que cela a un coût bien réel.

Repérer les lacunes dans les données de transformation

Un bon médecin ne prescrit pas un traitement en listant juste les symptômes. Il commence par les observer, pose son diagnostic, et c’est seulement ensuite qu’il prescrit un traitement. Dans les entreprises, c’est cette étape intermédiaire qui manque : dès que quelque chose ne fonctionne pas, on cherche tout de suite un remède, sans avoir vraiment compris l’origine du problème.

La Harvard Business School appelle cette étape l’analyse des causes premières, ou RCA (root cause analysis). Elle consiste à identifier la véritable cause d’un problème, plutôt qu’à traiter son symptôme le plus visible. Comme le souligne Michael Tushman, professeur à la Harvard Business School : « Le réflexe de la plupart des dirigeants est de chercher tout de suite une solution. Il faut pourtant commencer par poser un diagnostic, identifier les vraies causes du problème, et seulement ensuite décider de la réponse à apporter. »

Savoir que ça ne marche pas, ce n’est pas savoir pourquoi. Et ces deux constats n’ouvrent pas du tout les mêmes perspectives.

Ce qui explique qu’un changement prenne ou non (le niveau d’aisance, la clarté, les freins concrets ou encore les préoccupations qui restent sous silence) est souvent difficile à mesurer à grande échelle. Les entreprises se tournent donc plutôt vers des indicateurs de résultats, comme la complétion, l’utilisation ou la productivité. Mais ces données regardent surtout dans le rétroviseur : elles disent ce qui s’est passé, mais n’indiquent pas où les difficultés sont apparues ni où intervenir.

En théorie, les entretiens individuels avec les managers ou les consultants devraient permettre de faire émerger ce « pourquoi ». Dans la réalité, ça ne ressort souvent pas du tout. Ou du moins, pas sous une forme mesurable.

C’est là que se trouve la faille.

Les managers ne savent pas toujours quelles questions poser pour comprendre ce qui se joue, et ils ne sont souvent pas équipés pour le faire. Les travaux de McKinsey parlent d’un « frozen middle » : au niveau du management intermédiaire, les messages passent mal ou sont mal retransmis, faute de managers suffisamment préparés à leur rôle dans l’accompagnement au changement.

Les enquêtes peuvent aider, mais elles sont avant tout conçues pour recueillir des réponses structurées. Les échelles de notation traduisent mal le ressenti et les nuances, et dans les grandes entreprises, les processus d’enquête contraignants, cumulés à une certaine lassitude, limitent la participation. Les frictions s’accumulent alors discrètement, et les dirigeants finissent par prendre leurs décisions à partir de données incomplètes.

Quand les données manquantes passent inaperçues

Voici pourquoi c’est important : si vos outils d’IA sont peu adoptés et que certains collaborateurs vous disent ne pas avoir accès aux bons outils, vous pourriez être tenté d’envisager de nouvelles solutions. Mais si ce problème ne concernait qu’une petite partie des équipes ? Si la plupart ne savaient simplement pas par où commencer ? Et si d’autres s’inquiétaient en silence des conséquences de l’IA sur leur emploi, sans que personne n’ait su les rassurer ?

Lorsque les décisions sont principalement guidées par les résultats observés, avec peu de retours du terrain, les solutions mises en place tendent à répondre aux demandes de ceux qui se font le plus entendre. De nombreux freins ne sont pas levés et les projets de transformation finissent par s’enliser.

C’est là que se situe l’angle mort : entre ce que vos systèmes peuvent mesurer et ce que vivent réellement vos collaborateurs.

Relier les résultats à l’expérience des collaborateurs

La plupart des entreprises disposent déjà des bons outils pour lever les freins à la transformation : programmes de formation, bibliothèques de contenus et stratégies de communication. Mais sans savoir où apparaissent les points de friction, elles ne s’attaquent pas aux bons problèmes. Elles finissent donc par déployer les bonnes actions auprès des mauvaises personnes, au mauvais moment et pour les mauvaises raisons.

Pour combler cet angle mort et redonner de l’élan à leurs projets de transformation, les entreprises doivent agir sur trois points :

  1. Une écoute plus large : vous devez comprendre ce que vivent réellement les collaborateurs. Les complétions et les compétences acquises ont leur importance, mais il faut aussi savoir si vos effectifs se sentent à la hauteur et s’ils comprennent clairement ce qu’on attend d’eux. Sans cela, une partie essentielle de la réalité ne se traduit jamais dans les données.
  2. De la précision : les informations doivent être réellement utiles. Vous devez comprendre où sont les points de friction, ce qui inquiète vos équipes et où elles ne se sentent pas suffisamment en confiance. Des données générales montrent qu’il y a un problème. Des données plus précises vous montrent exactement en quoi il consiste, et où il se situe.
  3. Le passage à l’action : sans plan précis, les données ne servent qu’à poser le diagnostic. Il faut savoir quoi traiter en premier, quelles équipes ont besoin d’un accompagnement spécifique et quelles actions auront réellement un impact.

La réalité de la conduite du changement

Revenons à notre point de départ : le budget, les attentes et l’obligation de réussite. Le véritable enjeu n’a jamais été le taux d’adoption. Le but est de comprendre pourquoi les collaborateurs ont changé leurs habitudes, ou pourquoi ils ne l’ont pas fait.

Ce type d’éclairage reste utile dans la durée, bien au-delà de la phase d’adoption. Selon McKinsey, le taux de réussite de programmes de transformation plafonne autour de 30 % depuis des années. Mais lorsqu’une entreprise adopte une démarche rigoureuse et factuelle pour comprendre ce qui fonctionne vraiment, ce taux peut grimper jusqu’à 58 %. Et il monte encore lorsque le travail est mené jusqu’au bout.

C’est ce que toutes les équipes qui pilotent un programme de transformation peuvent commencer à faire dès maintenant : prendre l’habitude de se demander « pourquoi ? » à chaque étape, que les chiffres soient bons ou mauvais.

Vous cessez alors de réagir à ce que vous montre le dernier tableau de bord, et commencez à anticiper. Vous savez quelles équipes ont besoin d’un accompagnement différent avant même qu’elles ne le demandent. Et lorsque vient le moment de parler budget, vous pouvez expliquer concrètement pourquoi le programme fonctionne, au lieu de tâtonner.

C’est à cela qu’il faut parvenir : une transformation dont on comprend vraiment le mécanisme, pour savoir le reproduire.

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